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Pour nous, les discours politiques se résument souvent à la confrontation d’un homme et d’une foule comme sur cette photographie où Lénine harangue la masse rassemblée sur une place de Saint Petersburg. Les discours sont une réponse à un état des faits, ils restent enracinés dans un moment précis de l’Histoire d’une nation mais il dépasse aussi ce cadre pour être une projection vers une nouvelle suite souhaitable. Pour créer ce nouvel ordre social et mettre fin aux anciennes structures, ils doivent entrainer ceux auxquels ils s’adressent : « Emouvoir pour mouvoir ».

Le discours politique, c’est donc d’abord ce choc direct entre un homme et une foule. Il s’agit, dans tout les cas, d’hommes politiques, puisqu’ils entendent influer directement sur la vie de la Cité ou de la société. Ils interviennent parce qu’ils estiment être face à une défaillance des pouvoirs publics. Dans tout les cas, l’orateur entend bel et bien imprimer sa marque sur son temps. Il souhaite changer l’ordre des choses, les institutions, mais plus souvent encore il aimerait modifier les comportements. Par exemple en leur faisant prendre conscience de ce que vouloir le bien commun suppose, de savoir oublier ses intérêts propres et, parfois, jusqu'à ses souffrances. C’est ce que rappel Nelson Mandela lorsqu’il accède à la présidence d’un pays dans lequel il a été si longtemps prisonnier politique. « Le temps de soigner les blessures est arrivé, déclare-t-il à un peuple blessé. Le temps de combler les fossés qui nous séparent est arrivé. Le temps de construire est arrivé. »

Les discours visent souvent les fondements même de la société : continuation de la guerre, abolition de la peine de mort, dépénalisation de l’avortement. L es solutions politiques proposées par les orateurs entendent fédérer un groupe autour d’un nouvel ordre sociale. Ces discours posent donc presque tous la question de ce « Vouloir vivre ensemble » qui structure le groupe auquel ils s’adressent. En ce sens, les discours d’investiture des présidents américains de Kennedy ou d’Obama sont particulièrement révélateurs de cette volonté de « nouveau départ », de changement. Par exemple : « A chaque fois que notre nation traversait un moment sombre, une main franche et vigoureuse a trouvé auprès du peuple lui-même cette entente et ce soutien indispensable à la victoire. […] Uni dans un même esprit, de mon côté ainsi que du vôtre, nous surmonterons ces difficultés. »( Roosevelt) ; « Le flambeau est passé entre les mains d’une nouvelle génération d’Américains, nés dans le siècle présent, aguerris par les combats, disciplinés par une paix difficile et amère, fier de leur héritage, qui refuse d’assister à la décomposition des droits de l’homme pour lesquels notre nation s’est toujours engagée, pour lesquels elle est engagée aujourd’hui encore chez nous et à l’étranger. » (Kennedy) ; « La route devant nous sera longue. La pente sera dure. Nous n’y serons peut être pas en un an, ou même un mandat mais, Amérique, je n’ai jamais eu plus d’espoir d’y arriver que je n’en ai eu ce soir. Je vous le promets. Nous, en tant que peuple, y arriverons. » (Obama). Ce pourraient être là des extraits d’un même texte…

Il y a aussi des discours de circonstance. C’est le cas, de manière frappante, pour celui que prononce Charles de Gaulle à la télévision en 1962, après la tentative de putsch des généraux en Algérie il s’agit bien d’une réponse directe, quasi immédiate, à un événement précis. Si donc le discours peut être une réponse à une situation de fait qui le provoque effectivement, il est aussi bien plus que cela. Il peut indiquer une nouvelle direction à une nation, face à une crise imprévue, comme les grands discours d’investiture américains. Il peut être aussi la présentation d’un programme politique précis. Et, même quand un discours ce veux avant tout la critique d’un ordre du monde qui semble dépassé, il ne s’arrête pas là mais constitue en même temps une projection vers le futur.

Cela ne veut pas dire non plus qu’ils sont de simples exercices de style de la part des hommes politiques. Les discours politiques visent plutôt ce que Georges Burdeau nommait « L’Homme situé », c'est-à-dire le citoyen, le membre de la cité. D’où, souvent, la tentation de bien des orateurs de définir ce citoyen par rapport à un Autre.

- Les discours ont-ils influencé le cours de l’Histoire ? Ont-ils pu entraîner des peuples dans des directions qu’ils n’auraient pas suivies autrement ? De part ces questions, ce n’est pas qu’un seul discours qui a pu changer le cours de l’Histoire mais une succession d’évènement et de discours. A partir de cela nous avons établi des groupes se faisant à partir de sujets différends. Nous avons regroupé deux discours traitant du thème sur la guerre et la paix, les sujets de sociétés et les changements occasionnés par ces discours.

I) Regroupement par thème

1) Guerre et Paix

2) Sujet de Société

3) Influence/ Changements occasionnés

II) Qu’est-ce que l’art du discours ? Sur quoi repose-t-il ?

1) L’homme

2) Les techniques (gestuelles et orales)

3) L’utilisation

III) En quoi l’évolution des médias change-t-elle l’image du discours ?

1) L’évolution des moyens technologiques au service des discours

2) L’impact des médias sur le discours

Frise chronolique réportoriant les dates des discours.

1. Guerre et paix

Winston Churchill : « Du sang, de la sueur et des larmes »

« l’autre » appel du 18 juin 40, celui que le Premier ministre de Grande Bretagne adressa au peuple britannique pour lui expliquer l’enjeu de la très dure bataille qui allait se déchaîner : « Du sang, de la sueur et des larmes » promettait-il...

Winston Churchill: du sang de la sueur et des larmes

« Il faut garder en mémoire que nous nous trouvons à l’aube de l’une des plus grandes batailles de l’Histoire, que nous sommes engagés sur de nombreux théâtres d’opérations, en Norvège, et aux Pays-Bas, que nous devons nous préparer au combat en Méditerranée, que la bataille des airs continue et que nous devons en même temps mener à bien de nombreux préparatifs sur notre propre sol. Dans cette crise, j’espère qu’on ne m’en tiendra pas rigueur si je ne m’adresse que brièvement à la Chambre aujourd’hui. J’espère que tous mes amis et collègues, ou anciens collègues, qui sont concernés par ces bouleversements politiques ne s’offusqueront pas, en aucune manière, de la manière cavalière sans doute avec laquelle tout cela a été mené. Je veux dire à la Chambre, comme je l’ai dit à chacun de ceux qui ont rejoint ce gouvernement : « Je n’ai à vous offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur ». Nous avons devant nous une feuille de route d’une terrible difficulté. Nous avons devant nous de longs mois de combat et de souffrance. Vous vous demandez : quelle va être notre politique ? Je vous répondrai : mener la guerre, sur la mer, sur terre et dans les airs, avec toute la volonté et toute la force que Dieu voudra nous donner ; mener la guerre contre une monstrueuse tyrannie, jamais dépassée dans le sinistre et sombre catalogue des crimes humains. Voilà quelle est notre politique. Vous vous demandez quel est notre but ? Je vous répondrai en un seul mot : notre but c’est la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de la terreur, la victoire quelque longue et difficile la route puisse t être ; parce que sans victoire, il n’y aura pas de survie. Gardons cela à l’esprit : pas de survie pour l’Empire britannique, pas de survie pour tout ce que l’Empire britannique a porté et combattu pour, pas de survie pour l’héritage de notre Histoire selon lequel l’humanité progresse pas à pas vers son objectif. Mais je considère ma mission avec sérénité et espoir. Je suis certain que notre cause ne souffrira pas des hommes qui la soutiennent. Je me sens aujourd’hui fondé à réclamer l’aide de tous, en disant : « Venez, avançons ensemble, fort de notre unité ! » 

Winston Churchill (1874-1965) est député conservateur Britannique, puis plusieurs fois ministre. Il devient premier lord de l’Amirauté (1911-1915) avant d’être nommé premier ministre à deux reprises (1940-1945 et 1951-1955). Leader du parti conservateur, il est connu pour être à la fois le grand animateur de l’effort de guerre anglais contre l’avancée nazie et l’un des protagonistes de la victoire alliée sur l’Axe. Il reçoit le prix Nobel de Littérature en 1953.

Le 5 Mars 1946, Winston Churchill se rend au Westminster College de Fulton, au Etats-Unis (Missouri) pour une conférence sur la situation géopolitique internationale. Présenté par le président Truman ; Churchill expose un monde bipolaire qui annonce déjà la guerre froide. Il utilise dans son discours une expression inédite qui deviendra une référence pour évoquer la frontière entre les blocs Américains et Soviétique : le rideau de fer.

Quand Churchill arrive au pouvoir en 1940, sa notoriété n'est plus à faire. En face de Chamberlain, engoncé dans des querelles politiciennes teintées d'un idéalisme déconcertant, Winston Churchill apparaît comme l'homme de la situation. Courageux, belliqueux mais non belliciste, Churchill est un des seuls hommes politiques de son temps à avoir perçu le danger hitlérien. Après la déroute à du Maréchal Pétain, il continue de se fier au pouvoir de la parole et prononce un discours destiné à raviver à nouveau le moral de la nation, dont il a le premier compris qu’il serait le nerf de la guerre. Réaliste, il promet à l'Angleterre devant la Chambre des Communes "Du sang, de la sueur et des larmes" le 13 mai 1940.

D’après Churchill : « Ce que le général Weygand a appelé la bataille de France est terminé. Je suppose que la bataille d'Angleterre est sur le point de commencer ».Churchill avais donc compris qu’une fois la France vaincue, Hitler se tournerait vers l’Angleterre.

Winston Churchill au micro de la BBC.

Winston Churchill au micro de la BBC.

Charles de Gaulle : appel à la résistance

l'appel à la Résistance du 18 juin 1940 du général de Gaulle

Charles de Gaulle (1890-1970) commence sa carrière militaire en 1912 et combat lors de la Première Guerre mondiale. Admis à l'Ecole supérieure de guerre en 1922, il défend des théories stratégiques nouvelles qui ne sont pas suivies. A l'arrivée de l'armée allemande en France en Juin 1940, il s'oppose à la position défaitiste de son état-major et rallie Londres. Paris libéré en 1944, il défile victorieux sur les Champs-Elysées et tente d'organiser la vie politique française de l'après-guerre. Il est le fondateur de la Vème République dont il devient le premier président de 1959 à 1969.

En Mai et Juin 1940, de Gaulle mène avec succès des opérations militaires contre l'avancé des Allemands en France. Nommé général, il devient sous-secrétaire d'Etat à la guerre et à la Défense nationale. Rapidement évincé du gouvernement par l'arrivée du Maréchal Pétain à la tête du pays, il rejoint Londres afin de parler au peuple français via la Radio Londres sur la BBC. Son appel à la résistance demeure l'une des plus célèbres allocutions de l'histoire de France. IL répond au discours de Pétain radiodiffusé la veille et qui annonce l'armistice. Son appel est néanmoins peu entendu ce jour-là, mais il est relayé par la presse et les speakers. Un autre appel, sur le même thème, est enregistré et lancé le 22 Juin. Général rebelle, de Gaulle est mis à la retraite par le gouvernement du maréchal Pétain, puis condamné a mort par contumace. Le 18 Juin 2005, l'appel a été classé par l'Unesco sur le registre de la Mémoire du monde.

Malgré quelques réticences anglaises, et grâce au soutien de Churchill à ce moment là, le Général De Gaulle parvient à s’imposer comme voix légitime. Il point alors lancer le 18 juin 1940sur les ondes de BBC, son premier appel à la résistance. Véritable moment fondateur de la résistance, cet appel fut cependant peu entendu ce jour même

Winston Churchill a donc prononcer un alors un discours qui a marqué l’Histoire, galvanisant son peuple et le préparant aux sacrifices à venir. Dans le même temps le Général de Gaulle fonde la résistance et exhorte le peuple français à refuser, par tous les moyens, l’occupation de son territoire.

Charles de Gaulle au micro de la BBC.

Charles de Gaulle au micro de la BBC.

2. Sujet de société

Pour cette deuxième partie nommée Société nous avons établie une première sous-partie traitant du thème suivant : Race et Nation. Elle regroupe le discours de Martin Luther King prononcé le 28 Août 1963 lors de la marche de Washington et de Barack Obama prononcé le 3 avril 2008 sur la question raciale.

Martin Luther King : discours de la marche de Washington.

Le 28 Août 1963, 96 ans après l'abolition de l'esclavage aux Etats-Unis, des milliers d'Américains participent à une marche sur Washington, afin de réclamer aux autorités politiques la reconnaissance de leurs droits civiques. Après celle-ci, le pasteur Luther King, prononce son discours "I have a dream", au pied du mémorial Lincoln. Son rêve est celui d'une Amérique fraternelle où Blancs et Noirs se retrouveraient unis et libres. Par la suite, ce discours de 1963 resta un des plus célèbres et des plus marquant, pour la dénonciation des inégalités raciales.

Discours "I have a dream" de Martin Luther King.

Martin Luther King (1929-1968) est un pasteur baptiste lorsqu’il amorce sa lutte contre la ségrégation en menant le boycott des bus de Montgomery aux côtés de Rosa Parks. Adoptant définitivement la politique de la non-violence dans ses combats, notamment dans celui des droits civique pour la communauté noire, il reçoit en 1964 le prix Nobel de la paix. Il est assassiné en 1968 par un ségrégationniste blanc.

Le 28 août 1963 est organisée une marche sur Washington par les grandes associations noires pour l’accession aux droits civiques. Elle connait un immense succès car elle réunit plus de 250 000 participants. Son point d’orgue est le mémorable du discours de Martin Luther King dans lequel il prononce l’incontournable expression « I have a dream » et fait le vœu d’un pays fraternel.

Martin Luther King lors de la marche de Washington.

Martin Luther King lors de la marche de Washington.

45 ans après la marche de Washington, le 44ème président des Etats-Unis d'Amérique est afro-américain. Barack Obama est considéré comme l'un de ses successeurs. Il doit maintenant prouver qu'il est possible de faire évoluer la situation des Noirs américains. Aujourd'hui les Noirs ont vécu de nombreuses améliorations grâce aux personnes et manifestations qui ont contribué à ce changement bénéfique.

Barack Obama, le discours de Philadelphie

OBAMA : Discours de Philadelphia

Barack Obama, homme politique américain, membre du parti démocrate, est le 44e président des Etats-Unis d’Amérique. Elu le 4 novembre 2008, il est le premier Afro-américain à occuper cette fonction. Son discours a été le point culminant d’une semaine de campagne mouvementée. La race : une thématique que la candidature de Barack Obama, le sénateur noir de l’Illinois, a mis en exergue dans la campagne présidentielle américaine.

Barrack Obama lors de son discours à Philadelphie.

Barrack Obama lors de son discours à Philadelphie.

La lutte pour l'abolition de l'esclavage commence au xviiie siècle, menée par les Britanniques. En France, en dépit de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la Constitution de 1791 refuse l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, au motif que cela causerait la ruine de ces dernières. Ces discours ont eux-aussi participé à la suppression de l’esclavage.

Léopold Sédar Senghor : « La France est un arbre vivant »

 « Le problème, n’est pas d’ordre sentimental ; il n’est pas politicien, il est politique. Il s’agit d’examiner et de régler la nature des liens qui doivent désormais unir les peuples d’outre-mer au peuple de France.
Monsieur le Ministre de la France d’outre-mer, vous n’avez, à mon avis, commis qu’une erreur, avec les meilleures intentions en demeurant, celle de n’avoir pas demandé, aux assemblées locales, et d’abord aux assemblées territoriales, leur avis, comme le veulent l’article 74 de la Constitution et les lois ou décrets-lois qui régissent les assemblées.
Mais cette avis, il vous a été donné, Monsieur le Ministre, depuis la publication des décrets d’application, par la majorité des Assemblées territoriales et par le grand Conseil de l’Afrique occidentale française. Je veux être plus précis : le Grand Conseil de l’Afrique occidentale française a, dans une motion votée à l’unanimité des membres présents, condamné les décrets politique et administratifs et 6 des 8 Assemblées territoriale de l’Afrique occidental française se sont, à ma connaissance, solidarisé avec le Grand Conseil. Quatre des Assemblées ont, en signe de protestation refusé de voter leur budget avent le 1er janvier 1957.
Encore une fois, il ne s’agit pas de querelles électorales,  ni d’opposition de personnes, puisque les protestataires sont de tous les horizons politiques, appartiennent pour la plupart aux trois grands parties africains : Rassemblement démocratique africain, Mouvement socialistes africain et Conventions africaine. […]. Il y a plus grave : ils sont pour la communauté franco-africaine et contre la communauté africaine.
Nous  aussi nous sommes pour la communauté franco-africaine. Des dizaines de milliers d’Africains l’ont prouvé pendant la guerre de l’Occupation en donnant leur vie ; ils l’ont prouvé non pas par des discours, mais par des actes.
Le territoire que j’ai honneur de représenter dans cette Assemblée se bat pour la France depuis la Révolution de 1789, mais Saint-Louis-du-Sénégal envoyait aux Etats généraux un cahier de doléances. […]. Mais nous sommes aujourd’hui en 1957, au XXème siècle, à l’heure où les Etats et les empires les plus forts sont de structure fédérale : USA, URSS, Inde, Canada, Brésil, Allemagne occidentale, Yougoslavie et, plus près de nous, l’Angleterre qui va donner l’indépendance a la Gold Coast au sein du Commonwealth, lequel a cessé d’être britannique. 
Fédérer effraye certains membres de l’Assemblée. Mais, mes chères collègues, n’est pas séparer. Fédérer au sens étymologique du mot, c’est lier, mes sans étouffer, on l’oublie trop souvent. Je vous dis que la France est un arbre vivant ; ce n’est pas du bois mort promis à la cognée.
Craignez, dis-je, que si l’on balkanise les fédérations d’Afrique noire, les territoires ne se tournent l’un vers Lagos, l’autre vers Accra, un troisième vers Rabat.
Dakar et Brazzaville, avouez-le, sont tout de même plus françaises, puisque c’est de la France que vous avez souci. 
Quand les enfants ont grandi, du moins en Afrique noire, il quitte la case des parents et construisent à côté un case, leur case, mais dans le même carré.
Le carré France, croyez-nous, nous ne voulons pas le quitter. Nous y avons grandi et il y fait bon vivre. Nous voulons simplement Monsieur le Ministre, mes chères collègues, y battirent nos propres cases qui élargiront et fortifieront en même temps le carré familiale, ou plutôt l’hexagone France. »  

Poète d’origine Sénégalaise, mais de nationalité Française depuis 1933, Léopold Sédar Senghor est député du Sénégal quand il décide de s’opposer aux décrets d’application de la loi du 23 juin 1956. Ces décrets avaient pour objectif d’assurer une plus grande autonomie législative et exécutive aux territoires d’outre-mer. Loin de refuser ce qui pouvait mener à une future indépendance, Senghor s’y oppose pour deux raisons : leur manque d’envergure et leur défense par Félix Houphouët-Boigny, son grand rival en Afrique occidentale française. Les décrets don cependant votés. En 1960, le Sénégal comme la majeure partie des territoires français d’Afrique noire, accède à l’indépendance et Senghor est élu président de la république.

Léopold  Sédar Senghor

Léopold Sédar Senghor

La Convention révolutionnaire de 1794 acclame le discours des députés Dufay et de Danton et proclame l’abolition de la traite et de l’esclavage. Bonaparte les rétablit, jusqu’à leur abolition définitive en 1848. Cependant les colonies françaises perdurent. Par une loi de 1956, âprement discutée à l’assemblé national, notamment par Léopold Sédar Senghor, elles accèdent à une relative autonomie. Il faut attendre 1999 et le discours de Christiane Taubira pour qu’une loi qualifie de crime contre l’humanité l’esclavage et la traite autrefois pratiqués dans les colonies françaises.

Christiane Taubira : « La traite et l’esclavage sont un crime contre l’humanité »

 « Le sujet dont nous sous sommes emparés n’est pas un objet froid d’étude. Parce qu’il s’écoulera encore quelques temps avant que la paix et la sérénité ne viennent adoucir la blessure profonde qu’irrigue une émotivité inassouvie, parce qu’il peut être rude d’entendre décrire par le menu certains aspects de ce qui fut une tragédie longue et terrible parce que l’histoire n’est pas une science exacte […]
Ce rapport n’est pas une thèse d’histoire […] 
Il n’est pas le script d’un film d’horreur, portant l’inventaire des chaînes, fers, carcans, entraves, menottes et fouets qui ont été conçus et perfectionnés pour déshumaniser.
Il n’est pas non plus un acte d’accusation, parce que la culpabilité n’est pas héréditaire et parce ce que nos intentions sont pas de revanche.
Il n’est pas une requête en repentance parce que nul n’aurait l’idée de demander un acte de regret profond et sincère à la République laïque, dont les valeurs fondatrices nourrissent le refus de l’injustice.
Il n’est pas un exercice cathartique, ( qui libère psychologiquement de ce qui est refoulé, traumatisant ou oppressant ) parce que les arrachements intimes nous imposent de tenaces pudeurs.
Il n’est pas non plus une profession de foi, parce que nous avons encore à ciseler notre cri de foule.
Pourtant nous allons décrire le crime, l’œuvre d’oubli, le silence, et dire les raisons de donner nom et statut à cette abomination.
Dès le début, l’entreprise fut marquée par la férocité. Quinze année ont suffi pour faire totalement disparaître d’Haïti ses premiers habitants, les Amérindiens.
Alors qu’on en dénombrait 11 millions le long des Amériques en 1519, ils n’étaient plus que 2,5 millions à la fin du XVI ème siècle.
Elle fut rapidement justifiée : elle relevait de la mission civilisatrice, visait à sauver des êtres sans âme, cherchait à rassurer le rachat de certains. Elle était légitimée par la prétendue malédiction de Cham. (référence au second fils de Noë et à sa descendance, ancêtres selon la Bible des peuples noirs d’Afrique qui furent maudits)
[…]
La traite et l’esclavage furent extrêmement violents. Les chiffres qui prétendent les résumer sont d’une extrême brutalité. 
	
En 1978, un bilan exhaustif de la traite et de l’esclavage pratiqués par la France à été établit. Elle apparaît comme la troisième puissance négrière européenne. Elle a donc pratiqué la traite, ce commerce, ce négoce, ce trafic dont les seules mobiles sont l’or, l’argent, les épices. Elle a été impliquée après d’autres, avec d’autres, dans l’esclavage qui transforme l’homme en captif, qui en fait une bête de somme et la propriété d’un autre. 
Le code noir, (sous le règne de Louis XIV, ce Code promulgué en 1685, régentait le statut de l’esclavage dans les colonies françaises et la vie des esclaves noirs dans les îles. Il entérinait (ratification juridique qui rend valide (un acte) de fait la pratique du commerce triangulaire) qui a séjourné dans le droit français pendant près de deux siècles, stipule que l’esclave est un meuble et que l’esclave affranchi doit un respect singulier à ses anciens maître, aux veuves et aux enfants.
Le commerce triangulaire a duré quatre siècles, puisque les premiers navigateurs ont atteint le cap Bojador en 1416, sur le Rio de Oro ( Partie méridionale du Sahara ).
Il est vite apparu que les Amérindiens allaient être décimés de façon impitoyable, par l’esclavage, les mauvais traitements, le travail forcé, les épidémies, l’alcool, les guerres de résistance.
Le père dominicain Bartholomé de Las Casas, qui se proposait de les protéger, a suggéré l’importation massive d’Africains, réputés plus robustes. Quinze à trente millions de personnes, selon la large fourchette des historiens, femmes, enfants, hommes, ont subi la traite et l’esclavage et probablement, au bas mot, soixante-dix millions, si nous retenons l’estimation qui établit que pour un esclave arrivé aux Amériques, quatre ou cinq ont péri dans les razzias, sur le trajet jusqu’à la côte, dans les maisons aux esclaves de Gorée, DE Ouidah, de Zanzibar et pendant la traversée. 
Le commerce triangulaire a été pratiqué à titre privé ou à titre public pour des intérêts particuliers ou pour la raison d’Etat . Le système esclavagiste était organisée autour de plantations domaniale (droit qui fait partie d'un domaine ou qui appartient au domaine public ) plus prospère ou aussi prospère que celles du clergé et de colons privés.
Pendant très longtemps, jusqu’en 1716 les compagnies de monopole ont écarté l’initiative privée (notamment le Compagnie des indes occidentales, créée par Colbert en 1664, puis la compagnie du sénégal en 1674.
Mais le développement de l’économie de plantation, en plain siècle des Lumière, à nécessité l’ouverture de ce monopole. Les lettres patentes (marine attestation de l'état sanitaire d'un navire en partance ) du 16 janvier 1716 ont autorisé les ports de rouen, de saint-Malo, de la Rochelle,de Nantes et de Bordeaux à pratiquer le commerce de la traite, contre vingt livres par tête de Noir introduit dans les îles et une exonération de la taxe à l’importation […]
Cette violence et cette brutalité expliquent très probablement, pour une large part, le silence qui tend à se rapprocher et à aboutir à une concordance des pouvoirs publics, qui voulaient faire oublier et des descendants d’esclaves, qui voulaient oublier.
Pourtant nous savons le partage des responsabilités. […]
Nous sommes ici pour dire ce que sont la traite et l’esclavage, pour rappeler que les siècles des Lumières a été marqué par une révolte contre la domination de l’Eglise, par la revendication des droits de l’homme, par une forte demande de démocratie, mais pour rappeler aussi que, pendant cette période , l’économie de plantation a été si florissante que le commerce triangulaire a connu son rythme maximal entre 1783 et 1791.
Nous sommes là pour dire que si l’Afrique s’enlise dans le non développement, c’est aussi parce que des générations de ses fils et des ses fils lui ont été arrachées; que si la Martinique et la Guadeloupe sont dépendante de l’économie du sucre, dépendantes de marchés protégés, si la Guyane a tant de difficultés à la maîtriser ses richesses naturelles ( en particulier le bois et l’Or ), si la Réunion est forcée de commercer si loin de ses voisins, c’est le résultat direct de l’exclusif colonial; que si la répartition des terres est aussi inéquitable, c’est la conséquence reproduite du régime d’habitation. 
Nous sommes là pour dire que la traite et l’esclavage furent et sont un crime contre l’humanité ; […]
Cette inscription dans la loi, cette parole forte, sans ambiguïté, cette parole officielle et durable constitue une réparation symbolique, la première et sans doute la plus puissante de toutes.
Mais elle induit une réparation politique en prenant en considération les fondements inégalitaires des sociétés d’outre mer liées à l’esclavage, notamment aux indemnisations en faveur des colons qui ont suivi l’abolition. Elle suppose également une réparation morale qui propulse en pleine lumière la chaîne de refus qui a été tissée par ceux qui ont résisté en Afrique , par les marrons ( Esclaves en fuite )  qui ont conduit les formes de résistance dans toutes les colonies, par les villageois et les ouvriers français, par le combat politique et l’action des philosophes et des abolitionnistes. 
Elle (cette inscription dans la loi ) suppose que cette réparation conjugue les efforts accomplis pour déraciner le racisme, pour dégager les racines des affrontements ethniques, pour affronter les injustices fabriquées. Elle suppose une réparation culturelle, notamment par la réhabilitation des lieux de mémoire.[…]
Mais nous allons cheminer ensemble dans notre diversité, parce que nous sommes instruits de la certitude merveilleuse que si nous sommes si différents, c’est parce que les couleurs sont dans la vie et que la vie est dans les couleurs, et que les cultures et les desseins, lorsqu’ils s’entrelacent, ont plus de vie et plus de flamboyance. […]
Léon Gontran Damas (1912-1978), poète guyanais et député socialiste de la Guyane, Co-fondateur du mouvement de la négritude avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor : hurlait son ressentiment : «  je me sens capable de hurler pour toujours contre ceux qui m’entoure et qui m’empêche à jamais d’être un homme »

  

Economiste, ethnologue, ancienne directrice général de la Confédération caraïbe et députée, Christiane Taubira propose en 1999 que l’esclavage et la traite soient qualifiés de crimes contre l’humanité. Cette demande marque une étape essentielle de l’Histoire des rapports entre la France et ses anciennes colonies, 150 ans après l’abolition de l’esclavage. La démarche peut paraître ambiguë, puisqu’elle semble tendre à reconnaitre une responsabilité de la République. Ce n’est pas l’intention de Christiane Taubira, qui demande cependant que soit envisagée la possibilité d’une réparation matérielle pour les départements d’outre mer, première victime de l’esclavage et de la traite. Cette demande est refusée en commission des lois, mais la proposition de loi est adoptée à l’unanimité des députés présents.

Christianne Taubira

Christianne Taubira

Lorsqu'en 1994, après des décennies de lutte contre l'apartheid et vingt-sept années d'incarcération, Nelson Mandela devient président de la République sud-africaine, c'est un triomphe. Dès ce moment, Noirs et Blancs s'engagent dans le difficile processus de réconciliation. Apprendre à vivre ensemble, c'est ce même défi que lançait Nehru au peuple indien en 1947, lors de l'accession à l'indépendance : faire de l'Inde un pays libre et démocratique, oublier les différences, réconcilier les pauvres et les princes.

3.Influence/ Changements géopolitique occasionnés

Nelson Mandela : « Le temps est venu »

Nos actions quotidiennes, en tant que simples Sud-Africains, doivent susciter une réalité sud-africaine concrète qui renforcera la foi de l'humanité en la justice, confirmera sa confiance en la noblesse de l'âme humaine et maintiendra tous nos espoirs envers une vie glorieuse pour tous.
Tout ceci, nous le devons tant à nous-mêmes qu'aux peuples du monde qui sont si bien représentés ici, aujourd'hui.
Je n'hésite pas à dire à mes compatriotes que chacun d'entre nous est aussi intimement attaché à la terre de ce beau pays que le sont les célèbres jacarandas* de Pretoria et les mimosas du bushveld**.
Chaque fois que l'un d'entre nous touche le sol de ce pays, nous ressentons un sentiment de renouveau personnel. L'humeur nationale change avec les saisons.
Nous sommes mus par un sentiment de joie et d'euphorie lorsque l'herbe verdit et que les fleurs s'épanouissent.
Cette unité spirituelle et physique que nous partageons tous avec cette patrie commune explique l'intensité de la douleur que nous avons tous portée dans nos cœurs lorsque nous avons vu notre pays se déchirer dans un conflit terrible, et lorsque nous l'avons vu rejeté, proscrit et isolé par les peuples du monde, précisément parce qu'il était devenu la base universelle de l'idéologie et de la pratique pernicieuse du racisme et de l'oppression raciale.
Nous, le peuple d'Afrique du Sud, nous sentons profondément satisfaits que l'humanité nous ait repris en son sein, et que le privilège rare d'être l'hôte des nations du monde sur notre propre terre nous ait été accordé, à nous qui étions hors-la-loi il n'y a pas si longtemps.
Nous remercions tous nos distingués invités internationaux d'être venus prendre possession avec le peuple de notre pays de ce qui est, après tout, une victoire commune pour la justice, la paix, la dignité humaine.
Nous sommes sûrs que vous continuerez à être à nos côtés lorsque nous aborderons les défis de la construction de la paix, de la prospérité, de la démocratie, et que nous nous attaquerons au sexisme et au racisme.
Nous apprécions infiniment le rôle qu'ont joué les masses de nos concitoyens et leurs dirigeants politiques, démocratiques, religieux, féminins, jeunes, économiques, traditionnels et autres pour parvenir à cette conclusion. Et parmi eux se trouve notamment mon second vice-président, l'honorable Frederik Willem De Klerk.
Nous aimerions également rendre hommage à nos forces de sécurité, tous grades confondus, pour le rôle distingué qu'elles ont joué en protégeant nos premières élections démocratiques et la transition vers la démocratie des forces sanguinaires qui refusent toujours de voir la Lumière.
Le temps est venu de panser nos blessures.
Le moment est venu de réduire les abîmes qui nous séparent.
Le temps de la construction approche.
Nous avons enfin accompli notre émancipation politique. Nous nous engageons à libérer tout notre peuple de l'état permanent d'esclavage à la pauvreté, à la privation, à la souffrance, à la discrimination liée au sexe ou à toute autre discrimination.
Nous avons réussi à franchir le dernier pas vers la liberté dans des conditions de paix relative. Nous nous engageons à construire une paix durable, juste et totale.
Nous avons triomphé dans notre effort pour insuffler l'espoir dans le cœur de millions de nos concitoyens. Nous prenons l'engagement de bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, pourront marcher la tête haute sans aucune crainte au fond de leur cœur, assurés de leur droit inaliénable à la dignité humaine - une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde.
Comme gage de son engagement dans le renouveau de notre pays, le nouveau gouvernement transitoire d'unité nationale examinera, comme cas d'urgence, la question de l'amnistie pour plusieurs catégories de concitoyens qui purgent actuellement des peines d'emprisonnement.
Nous dédions ce jour à tous les héros, hommes et femmes, de ce pays et du reste du monde qui ont sacrifié, de diverses manières, et mis en jeu leur vie afin que nous puissions être libres. Leurs rêves sont devenus réalité. La liberté est leur récompense.
Nous sommes à la fois rendus modestes et exaltés par l'honneur et le privilège que vous, citoyens d'Afrique du Sud, nous avez conféré, en tant que premier président d'un gouvernement uni, démocratique, non-racial et non-sexiste, de conduire notre pays hors de la vallée des ténèbres.
Nous comprenons bien qu'il n'y a pas de voie facile vers la liberté. Nous savons bien que nul d'entre nous agissant seul ne peut obtenir la réussite. Nous devons donc agir ensemble en tant que peuple uni, pour la réconciliation nationale, pour la construction de la nation, pour la naissance d'un nouveau monde.
Que la justice soit présente pour tous!
Que la paix soit là pour tous!
Que le travail, le pain, l'eau et le sel soient à la disposition de tous!
Que chacun sache cela, car tant le corps que l'esprit et l'âme ont été libérés pour leur plein épanouissement!
Que jamais, au grand jamais ce beau pays ne subisse l'oppression de l'un par l'autre et ne souffre l'indignité d'être le pestiféré du monde.
Que règne la liberté!
Le soleil ne se couchera jamais sur une réussite humaine si glorieuse.
Dieu bénisse l'Afrique.
Merci.

  
Nelson Mandela.

Nelson Mandela.

Nelson Mandela (1918) rejoint le Congrès national africain (ANC) en 1942 afin de lutter contre la suprématie politique de la minorité blanche en Afrique du Sud. Avocat, il met toute son énergie à lutter contre l’apartheid et la ségrégation raciale. Il est condamné à la détention à perpétuité en 1964 mais il est libéré et mis en résidence surveillée en 1988. Définitivement libéré en 1990, il œuvre pour maintenir la paix civile dans son pays, ce qui lui vaut le prix Nobel de la paix en 1993. Il est élu aux premières élections présidentielles démocratiques du pays en 1994. Il quitte son poste de président d’Afrique du Sud en 1999 et poursuit son action par l’intermédiaire de sa Fondation, notamment en faveur de la lutte contre le sida.

Le 27 avril 1994 ont lieu les premières élections présidentielles en Afrique du Sud. C’est l’ANC qui remporte très largement le scrutin. Nelson Mandela est donc élu président de la république d’Afrique du Sud. Il prête serment à Pretoria le 10 mai 1994 devant un large parterre de personnalités politiques internationales. Dans son discours d’investiture, il tient à rappeler les heures sombres de l’apartheid mais il évoque aussi l’enthousiasme du peuple noir sud-africain pour aborder une période plus optimiste.

Apprendre à vivre ensemble, c’est ce même défi que se lançait Nehru au peuple indien en 1947, lors de l’accession à l’indépendance : faire de l’Inde un pays libre et démocratique, oublier les différences, réconcilier les pauvres et les princes.

Jawaharlal Nehru « éveillez-vous à la liberté »

Chers compatriotes, ce fut un grand honneur pour moi que de servir l’Inde et la cause de la liberté de l’Inde pendant de nombreuses années. Aujourd’hui, je m’adresse à vous officiellement et pour la première fois en tant que le premier serviteur du peuple indien, dévoué à son service et à l’amélioration de sa condition. Je me trouve devant vous parce que telle était votre volonté et je resterai là aussi longtemps que vous choisirez de m’honorer de votre confiance.
Nous sommes aujourd’hui un peuple libre et souverain débarrassé des fardeaux passés. Nous regardons le monde avec des yeux limpides et amicaux et l’avenir avec espoir et confiance.
Certes, le fardeau de l’occupation étrangère est maintenant loin, mais la liberté nous met face à d’autres responsabilités et d’autres fardeaux que seul l’esprit d’un peuple libre, auto-discipliné et déterminé peut relever afin de préserver et de promouvoir cette liberté.
Nous avons parcouru un long chemin, mais le voyage est encore long. Procédons à nos nouvelles tâches avec détermination et conformément aux hauts principes que nous a enseigné notre grand leader. Gandhi est par bonheur avec nous pour nous guider, nous inspirer et nous montrer le chemin du grand effort. Il nous a enseigné que les idéaux et les objectifs ne peuvent jamais être dissociés des moyens mis en œuvre pour les réaliser: une fin digne ne se conclut que par des moyens dignes. Si nous visons des grands objectifs, si nous rêvons d’une Inde comme une grande nation donnant son éternel message de paix et de liberté, alors nous devons être nous-mêmes grands et être les enfants dignes de notre mère l’Inde. Les yeux du monde sont rivés sur nous observant la naissance de cette liberté orientale et se demandant ce qu’elle signifie.
Notre objectif premier et immédiat sera de mettre fin à toutes les querelles internes et les violences qui défigurent, détériorent et minent la cause de la liberté. Cela sans oublier de prendre en considération les grandes difficultés économiques qu’endure une population en grande détresse.
Notre longue soumission ainsi que la guerre mondiale et ses conséquences nous ont laissé en héritage une série de problèmes vitaux qui font aujourd’hui que notre peuple manque de nourriture, d’habits et d’autres nécessités et qui nous ont entraînés dans un engrenage d’inflation et de hausse des prix. Il va de soi que nous ne pouvons résoudre tous ces problèmes en une seule fois mais nous ne pouvons néanmoins en reporter la solution. Pour cela, il faudra que nous établissions des plans avisés afin de freiner l’alourdissement du fardeau que supporte la population et d’augmenter le niveau de vie. Nous ne souhaitons la maladie pour personne, mais il doit clairement être compris que les intérêts de notre population qui souffre depuis tellement longtemps doivent constituer la priorité et que tout doit être mis en œuvre pour atteindre ce but.
Nous devons rapidement changer notre système obsolète de baux de terres et promouvoir l’industrialisation à une mesure plus large et plus équilibrée, ce qui contribuera à accroître la richesse de l’Etat et par conséquent le revenu national, lequel pourra ensuite être redistribué plus équitablement.
La production est aujourd’hui notre première priorité, et toute tentative d’entraver ou de diminuer la production affecte la nation tout entière et plus particulièrement les masses ouvrières. Certes, la production à elle seule ne suffit pas, car elle peut mener à une concentration d’autant plus accrue des richesses dans les mains de quelques personnes, ce qui peut entraver le progrès et qui, dans le contexte actuel, entraîne l’instabilité et les conflits. Pour ces motifs, une distribution juste et équitable est essentielle à la solution du problème.
Le gouvernement indien examine actuellement différents grands projets pour le développement des vallées fluviales par le contrôle du flux des rivières grâce à la construction de barrages, de réservoirs et de structures d’irrigation ainsi que le développement de la production hydroélectrique. Des dispositions qui contribueront à un développement généralisé et qui constituent une étape préliminaire pour se compléter aussi rapidement que possible pour le bien-être de tous.
Tout cela nécessite des conditions de paix et la coopération de toutes les parties concernées, du travail dur et de la persévérance. Faisons alors tout ce qu’il faut pour mener à bien ces grandes et valeureuses tâches et oublions pour cela nos conflits et luttes mutuels. Il y a un temps pour tout, un temps pour les querelles et un temps pour la coopération, un temps pour le travail et un temps pour le divertissement. Aujourd’hui, si nous ne voulons pas nous montrer indignes envers notre pays et notre peuple, nous n’avons plus le temps ni pour les querelles ni pour trop de divertissement. Aujourd’hui, c’est le temps de la coopération et du travail les uns avec les autres, le travail avec de la bonne volonté.
Je souhaiterais adresser quelques mots à nos forces, civiles et militaires. Les vieilles distinctions et différences sont maintenant révolues; aujourd’hui, nous sommes tous les fils et les filles libres de l’Inde, fiers de la liberté de notre pays et ensemble à son service. Notre allégeance commune est pour l’Inde. Dans les jours à venir, nos forces et nos experts seront appelés à jouer un rôle vital pour l’Inde, remplissons-le en bons camarades.

  
jawaharlal nehru.

jawaharlal nehru.

Discours radiodiffusé du premier ministre Indien Jawaharlal Nehru, à l’occasion de l’accès à l’indépendance de l’Inde, le 14 août 1947.

L’homme étant simple, souriant et délicat. Proche de Gandhi, même s’il ne partageait pas son éloge de la pauvreté, il voulait faire de son pays une puissance moderne qui ne se détourne pas de son histoire. Pour réussir la construction d’une union Indienne, il fallait donc rallier les rinces et les pauvres parmi les pauvres, les Intouchables. « Le peuple de Dieu » disait Gandhi.

Au début des années 1940, l’inde comptait un peu plus de 400 millions d’habitants et une majorité d’illettrés. L’assemblée constituante, qui s’était réunie ce 14 août 1947 pour écouter le premier ministre Nehru, le sage, avait conscience de l’immensité de sa tâche. Pour réussir, elle s’était donnée une constitution république et une forme de gouvernement essentiellement parlementaire. Dans un pays toujours dominé par un système de caste, un tel projet était audacieux. Soixante-deux ans plus tard, l’Inde était une démocratie en plein développement, mais avec des barrières sociales encore peu poreuses.

Grâce à leurs discours Nelson Mandela et Jawaharlal Nehru participent à la reconstruction de leur pays blessé par l’Apartheid et la lutte pour l’indépendance.

Eclaboussé par le scandale du Watergate, désavoué par la cour suprême, Richard Nixon est totalement isolé politiquement lorsqu’il décide de mettre fin à son mandat, le 8 août 1974. Pour la première fois dans l’histoire des 2tats-Unis, un président démissionne.

Richard Nixon : « Je démissionne de la présidence »

Richard NIxon lors de sa démission

Bonsoir.
C'est la 37 e fois que je vous ai parlé de ce bureau, où tant de décisions ont été prises qui ont façonné l'histoire de cette nation. Chaque fois que je l'ai fait pour discuter avec vous d'une question dont je crois affectée à l'intérêt national.
Dans toutes les décisions que j'ai prises dans ma vie publique, j'ai toujours essayé de faire ce qui était le mieux pour la nation. Tout au long de la longue et difficile période du Watergate, j'ai estimé qu'il était de mon devoir de persévérer, de faire tout leur possible pour achever le mandat du bureau auquel vous m'avez élu.
Dans les derniers jours, cependant, il est devenu évident pour moi que je n'ai plus une solide base politique suffisante au Congrès pour justifier la poursuite de cet effort. Tant qu'il y avait une telle base, je me suis senti fortement qu'il était nécessaire de voir le processus constitutionnel à sa conclusion, que faire autrement serait infidèle à l'esprit de ce processus délibérément difficile et un précédent dangereux déstabilisateur pour l'avenir.
Mais avec la disparition de cette base, je crois maintenant que le but constitutionnelle a été signifié, et il n'est plus nécessaire que le processus soit prolongée.
J'aurais préféré pour mener à bien à l'arrivée quel que soit l'agonie personnelle, il aurait fallu, et ma famille m'ont unanimement demandé de le faire. Mais les intérêts de la nation doivent toujours passer avant les considérations personnelles.
Partout dans le monde, en Asie, en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient, il ya des millions de personnes qui vivent dans la pauvreté terrible, même la famine. Nous devons garder comme objectif de se détourner de la production pour la guerre et augmenter la production pour la paix afin que partout les gens sur cette terre peut à dernier regard avant dans le temps de leurs enfants, s'ils ne sont pas à notre époque, à avoir les nécessités d'une vie décente.
Ici, en Amérique, nous avons la chance que la plupart de nos gens ont non seulement les bienfaits de la liberté, mais aussi les moyens de vivre pleinement et de bonne et, selon les normes du monde, même la vie en abondance. Nous devons insister, cependant, dans un but de non seulement des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, mais de toute possibilité pour tous les Américains et de ce que nous nous efforçons de manière droite dure maintenant pour réaliser la prospérité sans inflation.
Depuis plus d'un quart de siècle dans la vie publique, j'ai partagé dans l'histoire mouvementée de cette époque. Je me suis battu pour ce que je croyais po j'ai essayé au mieux de ma capacité à remplir ces fonctions et de s'acquitter de ces responsabilités qui m'ont été confiées.
Parfois, j'ai réussi, et parfois je n'ai pas réussi, mais toujours j'ai pris le cœur de ce que Theodore Roosevelt a dit un jour à propos de l'homme dans l'arène », dont le visage est marqué par la poussière, la sueur et le sang, qui lutte vaillamment, qui erre et vient courte encore et encore parce qu'il n'y a pas d'effort sans erreur et lacune, mais qui ne fait efforçons de faire l'acte, qui connaît les grands enthousiasmes, les grandes dévotions, qui se consacre à une cause digne, qui connaît au mieux à la fin de la triomphes de très bons résultats obtenus et qui, au pire, s'il échoue, échoue au moins tout en osant considérablement. "
Je m'engage à vous ce soir, tant que j'ai un souffle de vie dans mon corps, je vais continuer dans cet esprit. Je vais continuer à travailler pour les grandes causes que j'ai été consacrés tout au long de mes années en tant que membre du Congrès, un sénateur, vice-président et président de la cause de la paix, non seulement pour l'Amérique, mais parmi toutes les nations, la prospérité, la justice et occasion pour tous de notre peuple.
Il est une des causes ci-dessus tout ce à quoi j'ai été consacré et auquel je serai toujours consacré pour aussi longtemps que je vivrai.
Quand j'ai pris le serment d'office à titre de président 5 1/2 ans, j'ai pris cet engagement sacré, à «consacrer mon bureau, mes énergies, et toute la sagesse que je peux appeler à la cause de la paix entre les nations."
J'ai fait de mon mieux dans tous les jours depuis que d'être fidèle à cet engagement. À la suite de ces efforts, je suis persuadé que le monde est un endroit plus sûr aujourd'hui, non seulement pour les habitants de l'Amérique, mais pour les gens de toutes les nations, et que tous nos enfants une meilleure chance qu'avant de vivre en paix plutôt que de mourir à la guerre.
Ceci, plus que tout, c'est ce que j'espérais atteindre quand j'ai demandé la présidence. Ceci, plus que tout, c'est ce que j'espère sera mon héritage pour vous, pour notre pays, que je quitte la présidence.
Avoir servi dans ce bureau est d'avoir ressenti un sentiment très personnel de parenté avec chaque Américain. En le quittant, je le fais avec cette prière: la grâce de Dieu soit avec vous tous les jours à venir.

Politicien roublard, anti-communiste primaire, tel apparaissait Richard Nixon au début des années 1960. Huit ans plus tard, après une courte traversée du désert, il revient scène sous la forme d’un leader républicain modéré et responsable. Et il est élu à la présidence des Etats-Unis. Conseiller par Henry Kissinger, il négocie pas à pas le désengagement des Etats-Unis en Asie du Sud-est, renoue le dialogue avec l’URSS et s’ouvre à la Chine communiste. Vu de l’étranger, tout lui réussi, même si en politique intérieur il doit faire face à une forte tension raciale et à une situation inflationniste délicate. Quoi qu’il en soit, en 1972, il est facilement réélu.

Tout bascule à la suite d’une obscure affaire de cambriolage. Le 17 juin 1972, les bureaux du quartier général du parti démocrate sont visités. Cinq hommes sont arrêtés : une première enquête révèle qu’ils ont des liens étroits avec le très officiel « Comité pour la réélection de Richard Nixon ». Au fil des mois, le cambriolage devient une affaire d’Etat : le premier cercle des conseillers politique du président des Etats-Unis est impliqué. Les grands médias nationaux font leur travail, très bien renseigner par « Gorge profonde », l’informateur clé de l’affaire qui se révèlera, en 2005, être un des directeurs de la CIA.

Richard Nixon résiste, mais la machine à briser le président est lancée. Les chaînes de télévision retransmettent en direct les enquêtes publiques du Sénat, l’opinion est profondément troublée et la Cour Suprême oblige le président à livrer des enregistrements fort compromettants. Le moment est venu pour la chambre des représentants d’envisager une procédure dite d’impeachment, c'est-à-dire la mise en accusation du président pour obstruction à la justice, abus de pouvoir et outrage aux élus du Congrès. Les jeux sont faits. Richard Nixon choisi la démission, il arrête ainsi la machine judiciaire.

Dix-sept ans plus tard, le 25 décembre 1991, céest au tour de Mikhaïl Gorbatchev de se démettre de ses fonctions de président. Dans un même temps, l’union soviétique cesse d’exister.

Richard Nixon.

Richard Nixon.

Mikhaïl Gorbatchev : discours de démission

Mikhaïl Gorbatchev lors de son discours de démission.

Chers compatriotes, chers concitoyens. 
En raison de la situation qui prévaut actuellement, je mets fin à mes fonctions de président de l'URSS. En cette heure difficile, pour moi et pour tout le pays, alors qu'un grand Etat cesse d'exister, je reste fidèle à mes principes, qui m'ont inspiré dans la défense de l'idée d'une nouvelle union. 
J'ai défendu fermement l'autonomie, l'indépendance des peuples, la souveraineté des républiques. Mais je défendais aussi la préservation d'un Etat de l'Union, l'intégrité du pays. Les évènements ont pris une tournure différente. La ligne de démembrement du pays et la dislocation de l'Etat a gagné, ce que je ne peux accepter car j'y vois de grands dangers pour nos peuples et pour toute la communauté mondiale. Et après la rencontre d'Alma-Ata, ma position sur ce sujet n'a pas changé. 
Néanmoins, je ferai tout mon possible pour que les accords qui y ont été signés conduisent à une entente réelle dans la société et facilitent la sortie de la crise et le processus des réformes. Je veux encore une fois souligner que, durant la période de transition, j'ai tout fait de mon côté pour préserver un contrôle sûr des armes nucléaires. 
M'adressant à vous pour la dernière fois en qualité de président de l'URSS, j'estime indispensable d'exprimer mon évaluation du chemin qui a été parcouru depuis 1985. D'autant qu'il existe sur cette question beaucoup d'opinions contradictoires, superficielles et non objectives. Le destin a voulu qu'au moment où j'accédais aux plus hautes fonctions de l'Etat, il était déjà clair que le pays allait mal. Tout ici est en abondance : la terre, le pétrole, le gaz, le charbon, les métaux précieux, d'autres richesses naturelles, sans compter l'intelligence et les talents que Dieu ne nous a pas comptés, et pourtant nous vivons bien plus mal que dans les pays développés, nous prenons toujours plus de retard par rapport à eux. 
La raison en était déjà claire : la société étouffait dans le carcan d'un système administratif de commande. Condamnée à servir l'idéologie et à porter le terrible fardeau de la militarisation à outrance, elle était à la limite du supportable. Toutes les tentatives de réforme partielle -et nous en avons eu beaucoup- ont échoué l'une après l'autre. Le pays perdait ses objectifs. Il n'était plus possible de vivre ainsi. Il fallait tout changer radicalement. 
C'est pourquoi je n'ai pas regretté une seule fois de ne pas m'être servi du poste de secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique uniquement pour "règner" quelques années. Je l'aurais jugé irresponsable et amoral. 
Je comprenais qu'entamer des réformes d'une telle envergure et dans une société comme la nôtre était une oeuvre de la plus haute difficulté et, dans une certaine mesure, risquée. Mais il n'y avait pas de choix. Aujourd'hui encore je suis persuadé de la justesse historique des réformes démocratiques entamées au printemps 1985. Le processus de renouvellement du pays et de changements radicaux dans la communauté mondiale s'est avéré beaucoup plus ardu qu'on aurait pu le supposer. Néanmoins, ce qui a été fait doit être apprécié à sa juste valeur. 
La société a obtenu la liberté, s'est affranchie politiquement et spirituellement. Et ceci constitue la conquête principale, encore insuffisamment appréciée, sans doute parce que nous n'avons pas encore appris à nous en servir. Mais aussi parce que le chemin de la liberté, que nous avons emprunté il y a six ans, s'est avéré épineux, incroyablement difficile et douloureux. 
Néanmoins, une oeuvre d'une importance historique a été accomplie : le système totalitaire, qui a privé le pays de la possibilité qu'il aurait eue depuis longtemps de devenir heureux et prospère, a été liquidé. Une percée a été effectuée sur la voie des transformations démocratiques. Les élections ibres, la liberté de la presse, les libertés religieuses, des organes de pouvoir représentatifs et le multipartisme sont devenus une réalité. Les droits de l'homme sont reconnus comme le principe suprême. La marche vers une économie multiforme a commencé, l'égalité de toutes les formes de propriété s'établit. Dans le cadre de la réforme agraire, la paysannerie a commencé à renaître, le fermage est apparu, des millions d'hectares sont distribués aux habitants des villages et des villes. La liberté économique du producteur est entrée dans la loi, la liberté d'entreprendre, la privatisation et la constitution de sociétés par actions ont commencé à prendre forme. 
En dirigeant l'économie vers le marché, il est important de rappeler que le pas est franchi pour le bien de l'individu. Dans cette époque difficile, tout doit être fait pour sa protection sociale. Nous vivons dans un nouveau monde : la "guerre froide" est finie, la menace d'une guerre mondiale est écartée, la course aux armements et la militarisation insensée qui ont dénaturé notre économie, notre conscience sociale et notre morale sont stoppées. Nous nous sommes ouverts au monde, nous avons renoncé à l'ingérence dans les affaires d'autrui, à l'utilisation des forces armées en dehors du pays. En réponse, nous avons obtenu la confiance, la solidarité et le respect. 
Nous sommes devenus un des piliers principaux de la réorganisation de la civilisation contemporaine sur des principes pacifiques et démocratiques. Les peuples, les nations ont obtenu une liberté réelle pour choisir la voie de leur autodétermination. Les efforts pour réformer démocratiquement l'Etat multinational nous ont conduits tout près de la conclusion du nouvel accord de l'Union. 
Tous ces changements ont provoqué une énorme tension, et se sont produits dans des conditions de lutte féroce, sur un fond d'opposition croissante des forces du passé moribond et réactionnaire, des anciennes structures du parti et de l'Etat et de l'appareil économique, ainsi que de nos habitudes, de nos préjugés idéologiques, de notre psychologie nivellatrice et parasitaire. Il se sont heurtés à notre intolérance, au faible niveau de culture politique et à la crainte des changements. Voilà pourquoi nous avons perdu beaucoup de temps. 
L'ancien système s'est écroulé avant que le nouveau ait pu se mettre en marche. El la crise de la société s'est encore aggravée. Je connais le mécontentement qu'engendre l'actuelle situation difficile, les critiques aiguës exprimées à l'encontre des autorités à tous les niveaux et à l'égard de mon action. Mais je voudrais souligner encore une fois : des changements radicaux, dans un pays si grand et avec un tel héritage, ne peuvent se dérouler sans douleur, sans difficultés et sans secousses. 
Le putsch d'août a poussé la crise générale jusqu`à ses limites extrêmes. Le pire dans la crise est l'effondrement de l'Etat. Et après la rencontre d'Alma-Ata, je demeure inquiet. Je suis inquiet de la perte pour nos compatriotes de la citoyenneté d'un grand pays, un fait dont les conséquences peuvent se révéler très graves pour tous. Conserver les conquêtes démocratiques de ces dernières années est pour moi d'une importance vitale. Elles sont le fruit douloureux de notre histoire. on ne peut y renoncer sous aucun prétexte. Dans le cas contraire, tous les espoirs d'un avenir meilleur seraient enterrés. 
Je parle de tout cela avec honnêteté et franchise. C'est mon devoir moral. Je veux exprimer ma reconnaissance à tous les citoyens qui ont soutenu la politique de renouvellement du pays, qui se sont impliqués dans la mise en oeuvre des réformes démocratiques. Je suis reconnaissant aux hommes d'Etat, personnalités de la vie politique et sociale, aux millions d'hommes à l'étranger, à ceux qui ont compris nos desseins. les ont soutenus, sont venus à notre rencontre, pour une coopération sincère avec nous. 
Je quitte mon poste avec inquiétude. Mais aussi avec espoir, avec la foi en vous, en votre sagesse et en votre force d'esprit. Nous sommes les héritiers d'une grande civilisation, et, à présent, il dépend de tous et de chacun qu'elle ne parte pas en fumée mais renaisse pour notre joie et celle des autres. Je veux de toute mon âme remercier ceux, qui durant toutes ces années, ont défendu à mes côtés une cause juste et bonne. Je suis persuadé que tôt ou tard nos efforts communs porteront des fruits, et que nos peuples vivront dans une société démocratique et prospère. Je me démets de mes fonctions de président. 
Je vous souhaite à tous tout le bien possible. 

Mikhaïl Gorbatchev (1931) devient secrétaire général du Parti communiste et tente de mettre en œuvre un programme de réformes économiques, nommé la « perestroïka » (restructuration) et la « glasnost » (transparence). Il signe avec le président des Etats-Unis, Ronald Reagan, un accord sur l’élimination des missiles à moyenne portée en Europe en 1987. Il président l’URSS à partir de 1988 et reçoit le prix Nobel de la paix en 1990. Face au bouleversement du monde communiste et des reformes qui aggravent les difficultés de son pays, il quitte le pouvoir en 1991.

L’année 1991 voit le pouvoir de Gorbatchev s’affaiblir grandement. En août, même s’il n’aboutit pas, un putsch est organisé contre lui. A l’automne, certaines républiques constituantes de l’URSS proclament leur indépendance. En novembre, Boris Eltsine, le président de la fédération, interdit le parti communiste d’Union soviétique sur le sol de son pays. Le 8 décembre, la communauté des Etats Indépendants (CEI) est instaurée par la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie. Le 25 décembre, Mikhaïl Gorbatchev se résout donc à remettre sa démission et fait une allocution télévisée dans la soirée. Le lendemain, l’Union soviétique est officiellement dissoute.

Mais il en est des démissions plus discrètes. Ainsi, celle du général de Gaulle, le 20 janvier 1946 : son allocution, attendue sur les ondes pour le lendemain, ne fut jamais prononcée.

Mikhaïl Gorbatchev

Mikhaïl Gorbatchev

Général De Gaulle : « Un jour je vous le promets »

Les espoirs que tous les français et moi-même avions formés après la libération de la France viennent de s’évanouir l’un après l’autre.
Les partis qui, depuis de nombreuses années sont à la tête de destinées de la patrie et dont j’avais espéré la rénovation pendant la lutte commune contre l’envahisseur, ont fait aujourd’hui la preuve éclatante de leur ignorance, de leur mauvaise foi et de leur impéritie.
Je dis leur ignorance, car ils se retrouvent avec les petitesses de la politique d’arrondissement, comme si le monde n’était pas devenu l’échelle de tous les problèmes.
Je dis leur mauvaise foi, car ils ont voulu participer au pouvoir et garder le bénéfice de l’opposition, rejetant sur moi-même ou sur leurs voisins les responsabilités qu’ils n’osaient assumer publiquement.
Et je dis leur impéritie, car aucun d’eux n’a pu former et encore moins présenter des hommes de gouvernement, des administrateurs capables de me seconder efficacement dans la tâche que l’Assemblée m’avait impartie.
Ainsi, l’assemblée va-t-elle réinstaurer des méthodes parlementaires qui étaient peut-être celles des jours heureux d’une république prospère, mais qui ne pouvaient que s’opposer lourdement au grand œuvre de la reconstruction nationale.
L’honneur, le bon sens, l’intérêt de la patrie m’interdisaient de me prêter plus longtemps à une manœuvre qui aurait finalement pour but de laisser l’Etat plus méprisé, le gouvernement plus impuissant, le pays plus divisé et le peuple plus pauvre. Je me suis donc démis de mes fonctions que l’on semblait ne m’avoir confiées que pour m’empêcher de les exercer.
Mais cette retraite à laquelle je me livre ne doit pas être le signe de votre propre abandon. C’est au peuple français que nous avons voulu rendre la parole, non à nos politiciens. Ce sont la démocratie vraie et la république pour laquelle nous avons combattu quatre ans sans désespérer un instant, aux pires de notre histoire nationale.
La France ne désespère plus aujourd’hui. Elle sait, elle sent que l’affaire n’est pas finie, que la cause n’est pas entendue. Elle sait, elle sent qu’elle vaut mieux que cette parodie de république que certains lui inflige ou cette aube de servitude à laquelle certains la conduisent.
Elle sait, elle sent chez ses fils même, mille forces immenses qui lèvent pour écraser les ennemis de la liberté.
Moi, Général de Gaulle, je convie tous les Français à entreprendre cette tâche nationale. Vous, mes anciens compagnons des forces françaises libres, et vous les combattants des forces de l’intérieur…sans compter, vous les Français de bonne foi qui avez été trompés, mais qui n’avez jamais pactisé avec l’ennemi, je vous invite à vous grouper. Ce ne sont pas les chefs qui vous manqueront cette fois. 
Un jour, je vous le promets, et tous ensemble, nous rendrons à la France la liberté et la grandeur.
Vive la France !

« Le général de Gaulle ne démissionne pas », a tenu à préciser Gaston Palewski, directeur du cabinet du général dans la soirée du 20 janvier 1946, » il quitte son poste, et ceci irrévocablement ». Les ministres du gouvernement ont été mis au courant dès midi, convoqués au ministère de la Défense, ils ont fait face à un chef du gouvernement en uniforme et déterminé. Mais pour la plupart des responsables politiques de l’époque, la décision de « l’homme du 18 juin » est une manœuvre. En plein débat sur la prochaine Constitution de la république, il cherche à provoquer un choc dans la société française et à favoriser un mouvement d’opinion en faveur d’une IVe république construite autour d’un pouvoir exécutif fort. A ses yeux, un gouvernement trop dépendant d’une assemblée national minée par les querelles de partis est incapable de diriger la reconstruction du pays.

Il lui faut maintenant expliquer au peuple français sa décision. Il choisit la radio. Son appel est annoncé pour le 21 janvier à 20 heures. Les auditeurs attendront en vain : le général de Gaulle renonce à son projet, sans un mot. Dans ses mémoires il esquive le sujet et prétend avoir seulement opté pour un « silence qui pèserait plus que tout ». Pourtant des proches tels qu’André Malraux ou Jacques Chaban-Delmas ont, plus tard confirmé qu’un discours du chef de la France libre était prêt à être radiodiffusé. Pourquoi ce renoncement ? Que s’est-il passé entre le 20 et le 21 janvier 1946 ? Mystère. Les témoins du premier cercle ont aujourd’hui tous disparu en emportant avec eux l’histoire de ces quelques heures.

Depuis, un texte circule dans les rangs Gaullistes, il s’intitule : Message de démission du général de Gaulle ». Le journaliste Jacques Fauvet, ancien directeur du quotidien Le Monde, en a publié le texte dans la première édition de son livre, La IVe République. « Apocryphe lui écrira de Gaulle. Reste qu’un tel déni ne peut être satisfaisant. L’Enquête continue, quelque part se cache peut être le brouillon de son appel. Un texte, comme d’habitude quand le général de Gaulle préparait ses interventions, travaillé, pesé, raturé, revu jusqu’à la dernière minute.

Ces trois discours montre que les raisons sont nombreuses pour lesquelles un grand chef d’Etat décide de démissionner cependant, elles ont toutes en commun d’être pour le bienfait de la nation.

Contre la dictature, le fascisme et tous les despotismes, des voix célèbres ont appelé à la liberté. En 1936, c’est un cri de ¡ No pasaran ! que Dolores Ibarruri soulevait les foules espagnoles contre les armées fascistes du général Franco.

Dolores Ibarruri : « ¡ No pasaràn ! »

extrait du discours:« ¡ No pasaràn ! »

Ouvriers ! 
Paysans ! 
Antifascistes ! 
Espagnols patriotes ! 
Face au soulèvement militaire fasciste, tous debout ! 
Défendons la République ! 
Défendons les libertés populaires et les conquêtes démocratiques du peuple ! 
Par les communiqués du gouvernement et du Front populaire, le peuple connaît la gravité du moment actuel. 
Au Maroc et aux Canaries, les travailleurs sont en lutte aux côtés des forces restées fidèles à la République, contre les militaires et les fascistes insurgés. 
Au cri de : " Le fascisme ne passera pas, les bourreaux d'octobre ne passeront pas !"... 
les ouvriers et les paysans de diverses provinces d'Espagne s'incorporent à la lutte contre les ennemis de la République. Les communistes, les socialistes et les anarchistes, les républicains démocrates, les soldats et les forces demeurées loyales à la République ont infligé les premières défaites aux factieux qui traînent dans la boue de la trahison l'honneur militaire dont ils se glorifiaient tant. 
Tout le pays vibre d'indignation devant ces misérables qui veulent plonger l'Espagne démocratique et populaire dans un enfer de terreur et de mort. 
Mais ils ne passeront pas ! 
L'Espagne entière s'apprête au combat. 
A Madrid, le peuple est dans la rue, soutenant le gouvernement et le stimulant avec son énergie et son esprit de lutte, pour que les militaires et les fascistes insurgés soient totalement écrasés. 
Jeunes, préparez-vous au combat ! 
Femmes, héroïques femmes du peuple ! 
Souvenez-vous de l'héroïsme des femmes des Asturies en 1934. 
Luttez-vous aussi aux côtés des hommes pour défendre la vie et la liberté de vos enfants que le fascisme menace ! 
Soldats, fils du peuple ! 
Restez fidèles au gouvernement et à la République, luttez aux côtés des travailleurs, aux côtés des forces du Front populaire, aux côtés de vos parents, de vos frères et de vos camarades ! 
Luttez pour l'Espagne du 16 février, luttez pour la République, aidez-les à vaincre ! 
Travailleurs de toutes tendances ! 
Le gouvernement met entre vos mains des armes pour sauver l'Espagne et le peuple de l'horreur et de la honte que représenterait la victoire des bourreaux d'octobre couverts de sang. Que nul n'hésite ! Soyez tous prêts pour l'action ! 
Chaque ouvrier, chaque antifasciste doit se considérer comme un soldat en armes. 
Peuples de Catalogne, du Pays basque et de Galice ! 
Espagnols de partout ! 
Défendons la République démocratique, consolidons la victoire obtenue par le peuple le 16 février. 
Le Parti communiste vous appelle au combat. 
Il appelle tout spécialement les ouvriers, les paysans, les intellectuels à occuper un poste de combat pour écraser définitivement les ennemis de la République et des libertés populaires. 
Vive le Front populaire ! 
Vive l'union de tous les antifascistes ! 
Vive la République du peuple ! 
Les fascistes ne passeront pas ! 
Ils ne passeront pas !
No pasaran !

Elle rêvait de devenir institutrice, elle devint bonne à tout faire, l’épouse d’un mineur syndicaliste et la mère de six enfants dont quatre mourront très jeunes. C’est la misère et en même temps, l’apprentissage de la lutte politique.

Dolores Ibarruri Gomez devient très vite une dirigeante écoutée du petit parti communiste espagnol, mais ce 19 juillet 1936, vingt-quatre heures après le début du coup d’état franquiste, quand elle s’installe au ministère de l’intérieur pour participer à la défense de la jeune démocratie espagnole avant d’être communiste, elle se sent républicaine. A la foule rassemblée au pied de l’immeuble, elle lance son « ¡No pasaran ! », « Ils ne passeront pas », et d’un trait résume la volonté populaire : briser le soulèvement des militaires soutenu par les royalistes et la hiérarchie catholique.

Toute de noire vêtue, cheveux tirés, l’œil brillant, cette oratrice hors pair fait briller les mots et les transformes en slogans. Elle sait rugir contre les généraux félons mobiliser les femmes et entraîner les hommes qui vont bientôt mourir pour la défense de la République. Dans cette Espagneaustère et sanglante, elle se donne et on l’aime. Elle est devenue une sorte de sainte athée issue des entrailles du peuple : la pasionaria.

Elle fascine, et la plupart de ses interlocuteurs finissent par oublier qu’ils ont en face d’eux un pur produit de l’appareil stalinien. Membre de la direction du parti communiste espagnol, elle travaille beaucoup à renforcer l’influence de son parti au sein d’un camp républicain divisé ; membre du Komintern, l’organisation communiste internationale dirigée de Moscou, elle acquiert une position hautement stratégique en gérant une partie importante de la solidarité financière internationale qui arrive dans le cap républicain.

En mars 1939, les jeux sont faits : le général Franco et ses alliés ont gagné la guerre contre la république. Dolores Ibarruri quitte alors l’Espagne pour l’URRS, sa terre d’exil. Elle y restera jusqu’en 1975 année de la mort de Franco. De retour dans son pays Elle assistera à la naissance d’une nouvelle Espagne, démocratique et royale.

Appel de Dolores Ibarruri, le 19 juillet 1936 :

Le 11 septembre 1973, depuis le palais présidentiel bombardé par l’aviation chilienne désormais aux ordres du Général Pinochet, Salvador Allende lançait un dernier appel à son peuple, affirmait son intention de mourir plutôt que de se rendre.

Dolores Ibarruri

Dolores Ibarruri

Salvador Allende : « Le peuple doit se défendre »

Dernier discours de Salvador Allende.

Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte tombera sur ceux qui ont trahi leurs convictions, manqué à leur propre parole et se sont tournés vers la doctrine des forces armées.
Le Peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer, ni massacrer, mais il doit défendre ses acquis. Il doit défendre le droit de construire avec son propre travail une vie digne et meilleure. À propos de ceux qui ont soi-disant « autoproclamé » la démocratie, ils ont incité la révolte, et ont d’une façon insensée et douteuse mené le Chili dans le gouffre. Dans l’intérêt suprême du Peuple, au nom de la patrie, je vous exhorte à garder l’espoir. L’Histoire ne s’arrête pas, ni avec la répression, ni avec le crime. C’est une étape à franchir, un moment difficile. Il est possible qu’ils nous écrasent, mais l’avenir appartiendra au Peuple, aux travailleurs. L’humanité avance vers la conquête d’une vie meilleure.
Compatriotes, il est possible de faire taire les radios, et je prendrai congés de vous. En ce moment des avions sont en train de passer, ils pourraient nous bombarder. Mais sachez que nous sommes là pour montrer que dans ce pays, il y a des hommes qui remplissent leurs fonctions jusqu’au bout. Moi, je le ferai, mandaté par le Peuple et en tant que président conscient de la dignité de ce dont je suis chargé.
C’est certainement la dernière occasion que j’ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de radio. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Elles sont la punition morale pour ceux qui ont trahi le serment qu’ils ont prêté. Soldat du Chili, Commandant en chef, associé de l’Amiral Merino, et du général Mendosa, qui hier avait manifesté sa solidarité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd’hui s’est nommé Commandant Général des armées.
Face à ces évènements, je peux dire aux travailleurs que je ne renoncerai pas. Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au Peuple. Je vous dis que j’ai la certitude que la graine que l’on a confiée au Peuple chilien ne pourra pas être détruite définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir, ils mais n’éviteront pas les procès sociaux, ni avec le crime, ni avec la force.
L’Histoire est à nous, c’est le Peuple qui la fait.
Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez accordé à un homme qui fut le seul interprète du grand désir de justice, qui jure avoir respecté la constitution et la loi. En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous dire, c’est que la leçon sera retenue.
Le capital étranger, l’impérialisme, ont créé le climat qui a cassé les traditions : celles que montrent Scheider et qu’aurait réaffirmé le commandant Araya. C’est de chez lui, avec l’aide étrangère, que celui-ci espérera reconquérir le pouvoir afin de continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges.
Je voudrais m’adresser à la femme simple de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l’ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a toujours bien soigné ses enfants. Je m’adresse aux fonctionnaires, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d’État, contre ceux qui ne défendent que les avantages d’une société capitaliste. Je m’adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m’adresse aux Chiliens, ouvriers, paysans, intellectuels, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent déjà depuis un moment. Les attentats terroristes faisant sauter des ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et gazoducs, face au silence de ceux qui avaient l’obligation d’intervenir. L’Histoire les jugera.
Ils vont sûrement faire taire radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le Peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et se laisser humilier. Travailleurs : j’ai confiance dans le Chili et dans son destin. D’autres hommes espèrent plutôt le moment gris et amer où la trahison s’imposerait. Allez de l’avant sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure.
Vive le Chili, vive le Peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu’au moins surviendra une punition morale pour la lâcheté et la trahison.

  

« Je crois au vote et non au fusil. » Salvador Allende aura manifesté jusqu’à sa mort cette confiance en la démocratie, en la force du suffrage universel. Médecin dans les années 1930, député, sénateur, ministre, bon connaisseur de la vie politique Chilienne, il sera président toujours en équilibre sur le fil de l’action politique. Intransigeant, sur le respect du droit, il lui fallait faire cohabiter dans un même front des radicaux, des socialistes, les modérés comme les intransigeants, des communistes, des révolutionnaires d’origine chrétienne ou inspirés par le marxisme-léninisme. Et face à lui, outre un parti démocrate-chrétien divisé et une classe moyenne totalement effrayée par les revendications des plus pauvres, il trouve une droite dynamique, organisée et largement soutenue, tant financièrement que techniquement par les Etats-Unis. En effet pour Washington, le président Allende est un dangereux marxiste, il doit absolument disparaître de la scène politique. Dans cette société chilienne en plein tourmente, reste inconnue : l’armée. Allende pense pouvoir la contenir dans ses casernes : il a confiance dans légalisme républicain de nombre d’officiers.

Aux élections législatives de 1973, l’opposition obtient près de 55% des voix mais pour pouvoir légalement destitués le président il lui faut 60% des suffrages. De son côté, la gauche fait son meilleur score depuis des décennies avec 43,4% des voix ; elle demeure cependant minoritaire au parlement. Dans ce contexte, les relations entre le président Allende et les Chambres se tendent encore un peu plus : le pays devient difficilement gouvernable. Pour sortir de l’impasse, asseoir son autorité et faire valider sa politique intérieure, le président décide alors d’organiser un referendum. La rébellion militaire le prendra de vitesse et l’armée s’emparera du pouvoir dans le sang. Ce 11 septembre 1973, encerclé dans le palais présidentiel de La Moneda, Salvador Allende se suicide plutôt que de se rendre.

Salvatore Allende

Salvatore Allende

Annexes Partie I

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