II. L'art de la rhétorique
L’art oratoire c'est l'art de captiver, émouvoir et persuader l'auditoire par des propos clairs et exprimés avec aisance et éloquence.
Toute personne peut s'approprier les principes et techniques de cet art dans le respect de sa personnalité et les appliquer dans divers contextes de sa vie, lui permettant de toucher aussi bien son auditoire que son interlocuteur.
De nos jours l’art du discours demeure un des fondements même de la démocratie et symbolise la liberté d’expression.
1. L’Homme
Tout d'abord, il faut expliquer ce qu'est la rhétorique.
Selon Aristote, maitre incontesté de la rhétorique, c'est le discours, la raison. C'est avant tout un art de convaincre.
- Selon Platon, ennemi de toujours de la rhétorique, c'est un pur immoralisme. Une tromperie dirigée par des manipulateurs, empêchant le peuple de penser par lui-même.
Et selon les lobbyst, qui sont des publicitaires chargés de vendre des produits, c'est avant-tout un moyen de gagner de l'argent.
Les grecs furent les premiers à réfléchir à l’impact que peuvent avoir les mots, dès leurs premières épopées telles que l’Iliade et l’Odyssée, ils imaginèrent des héros qui n’étaient pas seulement des hommes d’actions livrant des combats acharnés, mais aussi des maîtres de la parole qui donnèrent des joutes oratoires dantesques , dans lesquelles personne ne les égalaient (ainsi de la bouches du sage Nestor coulent des paroles « plus douces que le miel » et les mots d’Ulysse sont quant à eux « pareils à des flocons de neige en hiver»).
L’art du discours est une invention grecque. Selon la légende, l’art de persuader par le discours serait né en Sicile au Vème siècle avant jésus Christ.
A l’époque les avocats n’existaient pas, et le pouvoir mis en place avait spoliés les biens de la population. Corax et son disciple Tisias entreprirent alors de publier un recueil de préceptes afin d’aider les habitants à prononcer des discours efficaces capables de persuader les juges de leurs rendre leurs biens. L’art de la rhétorique se serait par la suite répandu à Athènes où les hommes politiques et les philosophes le portèrent à son apogée.
Les grecs associent ainsi l’art de la rhétorique à la fin de la tyrannie et à la justice. Ce n’est pas un hasard si la civilisation qui porta la science du discours à son paroxysme fut aussi celle qui inventa la démocratie.
Rappel historique :
Parler avant d’agir
Dans la démocratie athénienne (« démos » : le peuple, « cratos »: le pouvoir) l’autorité n’appartient plus à un roi ; les citoyens sont juges et décident de leurs orientations politiques. En grec, un seul et même mot désigne la parole et la raison : « logos ». C’est par le débat public et l’argumentation que les décisions sont présentées et s’imposent. Le discours joue ainsi un rôle important dans la vie publique athénienne. On retrouve l’art de parler dans trois grands types d’événements : les délibérations politiques, les procès et les éloges funèbres.
L’assemblé du peuple
La souveraineté populaire était l’un des fondements de la démocratie athénienne. Ainsi, tous les citoyens athéniens pouvaient en théorie participer aux débats et aux décisions politiques. Les athéniens réunis formaient l’ecclésia, «l’assemblée du peuple», qui se réunissaient habituellement 40 fois dans l’année, sur la colline de la Pnyx. Une plate-forme taillée dans le roc servait alors de tribune à l’orateur. Lorsque l’ecclésia devait voter des questions importantes,un échantillon (alors appelé quorum : Nombre minimum requis de membres d'une assemblée pour que le vote soit valable.) de 6 000 citoyens était requis, sur les 30 000 a 40 000 que comptait Athènes. Mais l’absentéisme était élevé, cela étant due au fait que certaines professions laissait moins de temps que d’autres pour la politique ?par ailleurs, tous les citoyens ne prenaient pas la parole, et les femmes et les esclaves ne participaient pas a l’assemblée car il n’étaient pas considérés comme citoyens.
Les tribunaux
L’art oratoire jouait également un rôle déterminant dans les tribunaux. Athènes en comptait plusieurs, parmi lesquels l’Aréopage, principalement composé d’anciens magistrats, et l’Héliée, dont les jurés étaient tirés au sort parmi la population masculine agée de plus de 30 ans . il pouvaient parfois être plusieurs milliers, mais le plus souvent ils étaient plusieurs centaines selon l’importance des affaires. Les jurés demeuraient passifs durant les débats, ils ne posaient pas de question et ne débattaient pas entre eux. Les parties devaient alors plaider personnellement leur cause et ne pouvaient se faire représenter par un avocat, d’où l’importance de l’habileté de la parole. Ils pouvaient cependant acheter les services d’un « logographe » qui rédigeait un discours qu’ils apprenaient par cœur. La durée de chaque plaidoirie était mesurée par une horloge à eau appelée « clepsydre ». Les jurés votaient en mettant un caillou dans une urne, ou un jeton plein ou troué dans une amphore.
Les funérailles nationales
L’éloquence était aussi utilisée pour honorer les citoyens morts au combat. Dans ce cas, l’orateur célébrait un ou plusieurs individus et cherchait ainsi a renforcer les liens unissant la société. La plus célèbre oraison funèbre de l’Antiquité est celle que prononça Périclès en l’honneur des premiers morts athéniens de la guerre du Péloponnèse (guerre opposant la ligue de Délos, menée par Athènes a la ligue du Péloponnèse, sous l’hégémonie de Sparte).
« Telle est donc cette citée pour laquelle ces hommes, qui n’admettaient pas l’idée de la perdre, sont morts en héros, les armes à la main. Elle mérite bien que nous soyons tous ici, qui leur survivons, nous ne lui refusions pas notre peine.
Prenez donc ces hommes pour modèles. Considérez à leur exemple qu’il n’y a pas de bonheur sans liberté et pas de liberté sans vaillance et ne vous laissez pas émouvoir par les périls de la guerre » (Thucyclide, La guerre du Péloponnèse, II, Folio).
De ces pratiques athéniennes sont nés les trois grands genres de discours : le discours politique, le discours judiciaire et le discours démonstratif.
Faire de la politique exige par conséquent de savoir manier à la perfection la parole.
Contrairement à des idées reçues l’autorité et la position hiérarchique n’ont aucune répercutions sur le charisme d’un individu. On se sent à l’aise auprès des gens charismatiques et non pas auprès des gens autoritaires. Le véritable charisme, celui qui n’est pas superficiel vient d’un ensemble de qualités réunies, allant de la force intérieure au langage corporel. On utilise aujourd’hui cet ensemble en psychologie et en management.
Ainsi, la beauté d'une personne n'a rien à voir avec son charisme, tout est question de prestance et d'élocution. (ex: Georges Clemenceau ; Hitler).
Discours d'Adolf Hitler La jeunesse Allemande
Le charisme est une source de pouvoir. L’homme peut tirer profit de son charisme, car celui-ci confère un leadership naturel, le rendant à la tête d’un groupe d’individu. Il devient alors moteur et exerce son autorité, presque légitime sur eux. Enfin, il faut dire que le charisme s’acquiert et n’est pas une qualité innée. On devient charismatique par, la plupart du temps, l’éducation, ou encore le milieu social et professionnel.
Il existe une de nombreuses qualités composant le charisme, quatre essentielles : la force intérieure; le langage (verbal ou corporel); l’écoute active des autres ; et enfin l’ambition.
La rhétorique est un ensemble d’art particulier consistant principalement à persuader un ou des interlocuteurs de manière oratoire en général.
La rhétorique touche de nombreux domaines, notamment le milieu politique où le discours est un élément essentiel ; il fait donc appel à la persuasion.
À ses débuts, la rhétorique servait dans les discours politique oraux, avant de s'intéresser de manière plus générale aux textes écrits et surtout aux textes littéraires et dramatiques, discipline nommée aujourd'hui la « stylistique ». L'art de persuader a progressivement cédé la place à un art de bien dire, qui restreint la rhétorique à un inventaire de figures relevant des ornements du discours.
La naissance de la rhétorique
La rhétorique est l'art de bien parler pour tenter d'obtenir, rien qu'à travers la parole ce que l'on souhaite. La rhétorique est présente depuis l'Antiquité, ce mot est issu de rhêtorikê (art oratoire) . C'est au Vème siècle avant J. –C. en Grèce qu'a pris corps la rhétorique, puis elle s'est développée à Rome. Elle s'est divisée en deux orientations :
-L'argumentation, qui vise essentiellement à convaincre,
-La stylistique, qui s'occupe plutôt des figures de style.
C'est-à-dire que l'argumentation va convaincre tandis que le style vise à séduire. Dans les cités Grec et Romaine de rares citoyens étaient appelés à s'exprimer devant leurs pairs, ils étaient avant tout de jeunes aristocrates qui suivaient la formation d'orateur, enseigné par les sophistes. Le langage, la parole, fournit à la violence ses premières armes, le langage est l'instrument le plus adéquat pour diviser, opposer, rejeter, semer le doute et l'incompréhension. Le fait que le langage soit un instrument, nous emmène à penser qu'il sert à manipuler son objet en vue d'une fin quelconque. Utilisé à tord il peut être un moyen de pression, de domination et de manipulation. La rhétorique est donc un héritage gréco-romain qui ne peut être transposé que difficilement dans les autres cultures et civilisations.
L'histoire de la rhétorique rassemble les usages pratiques de l'art oratoire ainsi que les études et traités rhétoriques sur l'éloquence et le système rhétorique. Elle prend sa source dans la Grèce Antique pour être redécouverte au XXe siècle, à travers les besoins de communication. La rhétorique vise donc à persuader un auditoire sur les sujets les plus divers. Elle a progressivement laissé place à un art de bien dire plutôt qu'un art de persuader, se restreignant à un inventaire de figures relevant des ornements du discours. Son histoire se confond avec l'histoire de sa définition; ainsi, selon le spécialiste Michel Meyer dans son histoire de la rhétorique des Grecs à nos jours, il s'agit d'un véritable « casse-tête » quant à donner une définition acceptable de la rhétorique. Il ajoute : « On peut tirer la rhétorique de tous les côtés, mais ça sera aux dépens de son unité, si ce n'est par réduction et extension arbitraires qui se verront de toute façon opposées par une autre ».
Depuis les Grecs, où l'art rhétorique était avant tout un moyen d'enseignement ainsi qu'un outil politique, cet art oratoire a tour à tour concerné la littérature, le théâtre, la vie sociale et la philosophie. La rhétorique comme système autonome a dépéri au XIXe siècle, avant de renaître, de manière spectaculaire, au XXe siècle, grâce aux études de linguistes, mais aussi de philosophes et de sociologues.
2. Les techniques (gestuelles et orales)
Durant l'antiquité, trois dimensions principales de la rhétorique ont étés retenues en ce qui concerne l'art de convaincre : Le logos, le pathos et l'ethos.
Le logos : (d'où est issu le mot « logique ») Cela représente pour Aristote (384-322 av. JC) le discours, la raison. En tout premier lieu l'art de convaincre s'appuie sur la force du raisonnement qui doit donc susciter l'adhésion d'autrui.
Le pathos : Pour Platon (428-347 av. JC) un bon orateur n'est finalement qu'un excellent manipulateur. Pour lui, la rhétorique n'est qu'une tromperie, car celui qui est à l'écoute ne va pas suivre que ce que ses passions lui dictent. Le mot « pathos » va être utilisé en Grec pour définir l'auditoire, ce qui lui fera croire et accepter des réponses, qui selon Platon, ne seraient pas forcément justifiées. Et c'est donc depuis Platon que nous avons gardé l'équation pathos=auditoire, ainsi c'est à travers un seul terme que les diverses manières de réagir de l'interlocuteur sont capturées.
C'est donc de là que nous vient le mot « passion ».
L'ethos : L'orateur est identifié à l'éthos, car il est considéré du point de vue de sa crédibilité. Ainsi pour les penseurs Romains, tel que Cicéron ou Quintilien, ce n'est ni l’interlocuteur (pathos) ni le logos (discours), mais le caractère exemplaire, fiable et juste de l'orateur qui compte. Et c'est donc pour cela que l'orateur est identifié à l'éthos, car son autorité relève de l'aspect moral. C'est donc quant on se réfère à l'orateur qu'on utilise le terme « éthos ». avec toutes ces formes de discours (éthos, orateur, auditoire, logos, discours, ou l'image) on a les 3 dimensions de la rhétorique : celui qui parle, celui auquel on s'adresse et le médium qui les relies.
User de la parole pour séduire, persuader ou se faire obéir. Le bien-parler est ambigu et trompeur. Les tournures savantes, les figures de style, les jeux de mots utilisés, tous ont des effets, mais des effets faux-semblants. Ainsi on peut malmener la langue pour lui faire dire uniquement ce que l'on veut bien lui faire dire comme le font les démagogues. Cela peut donc séduire tout en gardant l'apparence, c'est son effet, y compris l'apparence d'une pensée rigoureuse. Il est donc très probable que bon nombre des discours brillants, ponctués généreusement de « donc » et de « par conséquent » contiennent des sophismes que nous ne pouvons pas bien déceler, nous sommes donc engloutis dans le torrent des mots.
Dès Socrate les figures de style comme les questions rhétorique étaient utilisées, celles ci consistent à poser une question sans en attendre la réponse, cette dernière étant connue par celui qui la pose. Bien d'autres figures de styles sont utilisées par les rhétoriciens politiques telles que la brachylogie, qui est une forme d'ellipse elle consiste à omettre un ou plusieurs éléments afin de produire un effet de raccourci, ainsi elle oblige le récepteur à rétablir mentalement ce que l'auteur passe sous silence. Il y a également les phatiques qui consistent à parler pour parler, parler pour rien dire.
Le débat politique, du fait qu'il se base sur une confrontation d'opinions, est l'un des lieux privilégiés de la rhétorique. Pour remporter l'adhésion d'un maximum de personnes, les Hommes politiques utilisent un certain nombre de méthode courantes, telles que:
- Le slogan politique, qui est la forme la plus achevée, parfois imagée, la plus souvent vague mais donnant une impression de profondeur (exemple: « Ensemble, tout est possible », de Nicolas Sarkozy lors de sa campagne en 2007; "Le changement, c'est maintenant" de François Hollande lors de sa campagne en 2012).
-La provocation, sous forme d'expression lapidaire et réductrice (exemple: le plombier polonais, la marchandisation du monde...) ou de petite phrase assassine, faisant appels plus à l'émotion qu'au raisonnement. Un certain penchant pour le néologisme traduit le souci de frapper les esprits en se distinguant au-dessus du bruit ambiant de la communication.
-La langue de bois et l'utilisation des lieux communs et stéréotypes en cas de difficulté à faire des analyses et propositions claires ou à démontrer le bien fondé de l'analyse.
- Les amalgames, Confusion volontaire d'idées ou de concepts distincts visant à les discréditer.
- Les promesses, sans en indiquer comment leur mise en place est faisable.
- Les sophismes et les informations erronée (Plus il y a d'emmental plus il y a de trous. Plus il y a de trous, moins il y a d'emmental. Donc plus il y a d'emmental, moins il y a d'emmental ; Tout ce qui est rare est cher. Un cheval bon marché est rare, donc un cheval bon marché est cher.)
L’appel à la peur
3. L’utilisation
Il existe diverses utilisations à la rhétorique, dans différent domaines . Ainsi le publicitaire veut promouvoir un produit, l'avocat se doit d'assurer la défense de son client et démontrer son innocence, l'adolescent veut convaincre ses parents de le laisser sortir le soir, l'intellectuel voudrait convaincre le monde entier qu’il a raison et les hommes politiques, eux, souhaitent susciter l'adhésion de leurs auditoires. L'homme politique est parmi les premiers à utiliser des techniques de toutes sortes pour faire adhéré l'auditeur à sa thèse. Par exemple la conclusion d’un discours (aussi appelée péroraison) qui est l'une des cinq parties canoniques du discours: c'en est le couronnement. Ces cinq parties sont:
• L'exorde ( l’exorde comprend un exposé bref et clair de la question que l’on va traiter ou de la thèse que l’on va prouver. L’orateur pourra faire précéder l’exorde d’une présentation de soi. C’est la phase d’ouverture du discours.)
• La narration est l’exposé des faits concernant le sujet à traiter. Cet exposé doit paraître objectif : le logos y prend le pas sur la pathos et l’ethos. La narration nécessite la clarté, la brièveté, et la crédibilité.
• La confirmation regroupe l’ensemble des preuves et est suivie d’une réfutation qui détruit les arguments adverses. On y utilise l’exemple, l’amplification qui consiste à trouver les meilleurs arguments et de les exposer selon une gradation en intensité.
• La réfutation consiste à discréditer le discours adverse.
• La péroraison La péroraison met fin au discours. Elle peut être longue et se diviser en parties : l’amplification où l’on insiste sur la gravité, la passion pour susciter passion ou indignation, la récapitulation où l’on résume l’argumentation. Pour Cicéron, dans De inventione, "la péroraison peut être un résumé, un ou encore un appel à la pitié et à la clémence."
Les hommes politiques utilisent également ce qu'on appelle la démagogie, qui vient du mot grec Démos "le peuple" et Ago "conduire". La démagogie se définit comme étant la politique dans laquelle on flatte un groupe, une assemblée de personnes afin de gagner leur adhésion ou augmenter sa popularité.
Ces techniques sont enseignées aux Instituts d'études Politiques (IEP) qui comptent 9 établissements en France:
Aix-en-Provence, Bordeaux, Paris, Rennes, Lille, Strasbourg, Toulouse, Lyon et Grenoble.
Mais comment les discours évoluent avec la démocratisation des moyens de communication?



